Étude de la faune

Intérêts d’une étude des ossements animaux

Fig.1
Fig. 1 Caisse contenant les quelques 1120 fragments osseux issus de l’une des couches de la fosse dépotoir.

En Valais, les études de faunes médiévales sont extrêmement rares et ne se limitent qu’à des sites de plaine. Les vestiges osseux animaux mis au jour à Fang, relativement abondants (fig.1) et très bien conservés, offrent une occasion unique d’appréhender les modalités d’élevage d’une communauté rurale au XVe siècle, ainsi que les animaux eux-mêmes (taille, etc.).

Cette période s’avère tout particulièrement intéressante puisque c’est à ce moment que l’élevage bovin s’intensifie dans les Alpes au détriment de celui des petits ruminants. Notre connaissance de la composition des troupeaux reposant essentiellement sur les sources écrites, il sera intéressant de les confronter aux restes osseux (qui ne reflètent toutefois que la part des animaux abattus).

Un premier examen, rapide, de la faune mise au jour dans le sondage 1 s’avère prometteur. Tout d’abord, l’excellente conservation conduit à un nombre de déterminations spécifiques très élevé et autorise également l’observation des traces de découpe. Les éléments squelettiques en présence permettent des estimations d’âge et, dans une moindre mesure, du sexe. La lecture des courbe d’abattage et le sex-ratio permettent de cerner les buts de l’élevage : viande ou lait/laine.

 

 

Premiers résultats

Représentation spécifique

Les premiers résultats montrent un spectre faunique clairement dominé par les ruminants domestiques, sans qu’il soit actuellement possible d’affirmer une supériorité numérique, tant en nombre de restes que d’individus, du bœuf sur les caprinés (moutons et chèvres). Le coq est attesté par quelques ossements. Le porc est aussi présent, quoique extrêmement discret. Complétant la liste des animaux domestiques, le chat est également représenté, par un humérus et un tibia. Soulignons qu’il s’agirait du plus ancien chat domestique retrouvé jusqu’ici en Valais.  Au-delà de l’anecdote, cette découverte est intéressante dans la mesure où elle permettra de questionner le statut du félin.

 

Âge

Les premières observations relatives à l’âge des animaux indiquent, pour le bœuf, une présence marquée d’individus très jeunes. Au moins un veau d’âge périnatal et un sujet de 5-6 mois ont en effet été repérés. Ces individus s’avèrent en outre complets, tandis que les autres éléments anatomiques se rapportant au bœuf sont des fragments d’os isolés et proviennent d’animaux juvéniles/adultes. D’après la dentition, aucun des trois caprinés repérés n’est âgé de plus de 18 mois, et le plus jeune a environ 3 semaines.

 

Activités de boucherie
Fig.6.2
Fig. 2 Traces de découpes au couperet. Photo, Cédric Cramatte, ASA-UNIL.

Lors du survol de la faune, un certain nombre d’ossements portant des traces anthropiques a été repéré (un examen plus approfondi en révèlera sans aucun doute d’autres). Laissées par le couperet et le couteau, l’emplacement des traces trahit diverses opérations (fig. 2 et 3). Mentionnons ici la méthode de la fente des vertèbres lors de la découpe des carcasses de bœufs en deux parties symétriques et la désarticulation, au couteau, de l’aile d’un poulet (stries sérielles sur la partie proximale d’un humérus). Si la grande majorité des traces anthropiques se rapportent à la découpe bouchère (fig. 4) et à la consommation, quelques-unes évoquent également le dépouillement.

Fig.6.3
Fig. 3 Traces de découpes au couteau sur des côtes et une mandibule. Photo, Cédric

Il s’agit notamment des stries localisées sur le crâne d’un très jeune veau, dont l’examen approfondi des éléments squelettiques révèlera si le peu de chair disponible a été prélevé/consommé.

 

… et premières réflexions

Occupation du  hameau de Fang, Tiébagette

La présence de périnataux indique que le hameau de Fang, Tiébagette est un lieu de production. D’après l’âge des ruminants domestiques, le hameau était habité, du moins en partie, au printemps et en été. Les naissances ont en effet communément lieu au printemps, ce que corroborent les sources écrites. La localisation des restes à l’intérieur d’un bâtiment signifie que ce dernier, utilisé comme dépotoir, était déjà abandonné au milieu du XVe siècle.

 

Buts de l’élevage

Les vestiges osseux se rapportent uniquement à des animaux domestiques. L’élevage fournissait donc l’essentiel, si ce n’est la totalité, des protéines animales aux habitants du hameau.  L’alimentation carnée reposait essentiellement sur les bovidés et un peu sur la volaille. La viande de porc ne semble, quant à elle, qu’extrêmement peu consommée.

Les ossements de caprinés appartiennent uniquement à des agneaux et des chevreaux abattus entre 3 semaines et 18 mois, soit lorsque leur chair est de bonne qualité. Les individus infantiles témoignent aussi indirectement de l’exploitation possible du lait. Par contre, le corpus, certes très petit, n’a pas livré de restes de mouton et de chèvres adultes, voire réformés, indiquant une exploitation de la laine ou du poil. Quant aux veaux périnataux, il semble plus vraisemblable qu’il soient morts naturellement (mort-nés etc.) ou qu’il aient été supprimés car malades ou trop chétifs. La présence d’un veau de 5-6 mois pourrait être mise en relation avec la fabrication de fromage. En effet, la présure est extraite d’une partie de l’estomac, la caillette, de très jeunes veaux.

 

Nicole Reynaud Savioz